“ Habiter le regard ”
Avant de devenir photographe, j’ai appris à regarder en architecte.
Diplômé en 2010, j’ai été formé à observer les espaces, leurs proportions, leurs lignes, leurs matières, la lumière qui les traverse et la manière dont ils s’inscrivent dans un paysage. Cette attention au cadre et aux détails accompagne encore aujourd’hui ma façon de photographier.
La photographie, je l’ai découverte pendant mes études d’architecture. Elle est d’abord venue avec les voyages, comme une façon de conserver une trace des lieux traversés. Peu à peu, photographier est devenu autre chose : une manière de m’arrêter, de regarder plus longtemps, de chercher dans un paysage ce qui, à un instant précis, me touche.
Depuis, je voyage et photographie en France comme à l’étranger, avec cette même curiosité pour les territoires. Je suis autant attiré par un paysage familier que par un lieu découvert pour la première fois, par un site remarquable que par un endroit sans notoriété particulière. Ce qui retient mon attention n’est pas nécessairement ce qui est spectaculaire, mais ce qui possède une présence, une lumière, une matière ou une composition singulière.
Un territoire raconte toujours quelque chose. Par ses paysages, ses constructions, ses traces, ses couleurs ou simplement par l’atmosphère qui s’en dégage. Photographier devient alors une façon d’en saisir une part, nécessairement subjective et éphémère.
C’est dans cette relation aux lieux que s’inscrit cette exposition “TERRES”.
Le titre évoque les territoires parcourus, mais aussi les impressions qu’ils laissent derrière eux. Les photographies réunies ici ne cherchent pas à dresser un inventaire des paysages que j’ai rencontrés. Elles sont plutôt des fragments de voyages, des instants où un lieu a retenu mon regard et suscité une émotion. Leur diversité reflète autant celle des territoires que celle des sensations qu’ils peuvent provoquer.
Avec cette exposition, quatre ans après la création de mon activité de photographe, j’ai souhaité donner à ces images un espace où elles puissent être pleinement regardées. Après les avoir présentées notamment dans le cadre de ventes de créateurs, j’avais envie de leur donner une autre présence, de les inscrire dans une expérience plus proche de celle d’une galerie.
Les formats, les types d’encadrement et la scénographie participent à cette volonté de mettre l’image au premier plan. Cependant, l’essentiel est ailleurs : dans le temps que l’on peut lui consacrer. Prendre du recul, s’approcher, observer un détail, laisser une photographie faire naître une sensation ou un souvenir.
J’aime l’idée qu’une photographie puisse ainsi devenir un espace de projection. Que le paysage photographié ne soit plus seulement celui que j’ai rencontré, mais qu’il puisse devenir, pour celui qui le regarde, un lieu imaginé, reconnu ou ressenti.